Partager l'article ! Une odeur de brulé: Texte écrit dans le cadre d'un concours organisé par un forum de RolePlay sur le thème Un monde utopique. ...
Marcelin ouvrit les yeux, mais il faisait un noir si total qu’il eut l’impression de les avoir gardés fermés. Il était inutile maintenant d’essayer de dormir, voilà plusieurs heures qu’il essayait et il se sentait complètement réveillé. Une fois encore il se repassa en tête tout ce qui pouvait bien le tracasser. Tandis qu’il réfléchissait une moto vint troubler le silence de la nuit, puis quelques temps après qu’il l’ait entendue s’éloigner, un chien aboya. Rien à faire, il ne comprenait pas. Sa vie était en ce moment une totale réussite à tous les points de vue. Il avait une femme aimante qui faisait tout son bonheur. Son travail qui le passionnait lui apportait un salaire et une situation sociale enviable. Le premier prototype du projet sur lequel il travaillait allait d’ailleurs bientôt voir le jour : grâce à cette invention révolutionnaire on pourrait intervenir directement sur les rêves en envoyant des stimuli électriques dans certaines zones du cerveau. Il y aurait de nombreux champs d’application mais il aimait à se dire que ce serait la fin des cauchemars pour l’humanité. Vraiment il ne voyait pas une ombre au tableau. Pourtant quelque chose n’allait pas.
Il se décida finalement à s’asseoir, puis alluma la lampe de chevet. Il poussa un soupir et son regard erra dans la chambre en partie dévoilée par une lumière jaunissante. Il regarda Viviane qui dormait paisiblement, son dos dépassant de la couverture et sur lequel venait couler sa chevelure. Après s’être accordé une pause il se plongea à nouveau dans ses pensées. Il n’aurait pas su dire pourquoi mais ces derniers jours lui avaient parus…bizarres. Il avait du mal à digérer, se réveillait plusieurs fois par nuit…comme s’il pressentait quelque chose…quelque chose d’anormal. Oui, maintenant il en était sur. Mais quoi ? Habituellement il ne faisait pas attention aux signes et aimait même s’en moquer, mais le chat noir qu’il avait croisé la veille lui avait laissé une plus forte impression qu’il n’avait d’abord voulu se l’avouer. Il y avait aussi souvent cette odeur de brulé qui pouvait survenir n’importe où et n’importe quand. Et puis cette impression de déjà vu…qu’il éprouvait en ce moment précis ! Il se rappelait avoir lu dans un quelconque magazine scientifique que cette expérience banale que beaucoup de gens avaient déjà vécue était due à l’absence de réaction du cerveau devant une situation nouvelle et était favorisée par la fatigue. Mais là c’était différent…Il souffla un coup et tenta une nouvelle fois de mettre de l’ordre dans ses idées. Quand est-ce que cela avait commencé ? Il était incapable de s’en rappeler. Allons, quel jour sommes nous ? Mardi ? Mercredi ? De quelle année ?
La voix ensommeillée de Viviane le sortit de ses réflexions.
« Il est quelle heure ? »
Il regarda le réveil pour répondre :
« A peu près trois heures. »
Elle se retourna légèrement mais il ne voyait toujours pas son visage.
« Qu’est ce qu’il y a ? »
« Rien… »
Cette fois elle se retourna complètement, le regarda dans les yeux et prononça avec un léger ton de reproche :
« Marcelin… »
Il comprit qu’elle ne lâcherait pas et lui en fut reconnaissant. Il abandonna avec soulagement l’idée de lui mentir, et en ressentit encore plus lorsqu’elle lui fit une place dans le lit :
« Allez, viens… »
Il se blottit contre elle et la serra fort comme pour l’empêcher de partir. Elle dut sentir qu’il avait besoin de réconfort car elle plongea la tête de Marcelin dans sa poitrine et sans savoir pourquoi il se mit à pleurer…Une odeur de brulé….Marcelin ressentait des sensations qu’il n’aurait pas dû ressentir…Le contact du métal froid…une légère envie de vomir…une lumière qu’il devinait bleutée…Lorsqu’il ouvrit les yeux ce fut un choc terrible.
Il reconnut son laboratoire et sentit la peur l’envahir à mesure qu’il se rappelait. Il enleva le casque qu’il avait sur la tête et contempla avec horreur la « Machine à rêves » qui gisait à coté de lui…L’aboutissement de ses recherches, le premier prototype datait de l’année dernière…L’odeur de brulé… « Elle n’est pas conçue pour fonctionner aussi longtemps, il y a du y avoir une surtension » nota son cerveau comme à part de lui. Viviane…l’accident…sa mort…Il comprit ce que son inconscient lui disait depuis longtemps et sentit la panique et l’angoisse s’emparer de lui. Il arrivait de moins en moins à respirer tandis que ses mains se crispaient convulsivement sur sa tête et que son dos se courbait comme pour le protéger. Avec des gestes incontrôlés il vint se cogner aux murs en gémissant jusqu’à ce qu’un coup plus fort que les autres le fit s’effondrer à terre, prostré dans sa douleur, le visage ravagé. C’est alors qu’il avait perdu tout espoir que Viviane se pencha vers lui et lui sourit : « Je suis là Marcelin, avec toi…pour toujours ». Son rire résonna dans le silence.
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